Liviu Antonesei – Psaumes…


Cum în perioada în care scriam acești psalmi, gîndurile mele erau fixate asupra a două din ipostazele Eonei, una de aici, cealaltă de foarte departe, și cum cu cea de-a doua discutam mult despre Lautreamont, poet născut în orașul ei, Montevideo, nu exclud să existe un impuls dintre marele poet francez… Pînă la apariția Operei poetice, aceste poeme au mai apărut pe un site de poezie, acum vreo 11 – 12 ani, și în precedenta mea antologie… Din păcate, la postare aici, poemele nu și-au păstrat așezarea grafică originală.

foto Andi Spot

PSAUMES

Psalmii care urmează nu au o versiune în limba română. Într-un moment ciudat, straniu, i-am scris direct în franceză, într-un fel de transă. Cum nu sînt francofon decît a mes heures, textul a fost revizuit şi corectat de Luisa Palanciuc, căreia îi mulţumesc şi pe această cale. Îi mulţumesc, de asemenea, pentru sugestia privind paginarea lor, care mă reîntoarce la o practică utilizată în poemele mele lungi de la sfîrşitul anilor şaptezeci şi începutul anilor optzeci.

Psaume 1

Imagine-toi…

… retournée

près de la cheminée

sous ton chemisier fragile

vaporeux

juste ce chemisier

comme un habit d’antan

un peu             plus long

plus large

et tes cuisses entrouvertes

et puis une ombre

l’Ombre

Tout doucement

j’entre dans ta cellule

me glisse délicatement

pour ne pas te réveiller

m’approche

pose un baiser sur ta jambe

et tu sursautes

vient ensuite un autre baiser

sur un genou

mes mains envahissent tes seins

ma bouche tombe

goulue

sur l’Ombre

la prend

l’avale

Entier dans ton corps

à toi

à moi

les spasmes du bassin

et ma bouche

et ton Ombre

et mes mains               qui voyagent

qui frottent les tétons

la peau douce de tes aisselles

Je bois le liquide

le miel secret de l’Ombre

puis je pose un autre baiser sur ton abdomen

puis sur chaque sein

puis sur ta bouche

Et tu te réveilles

Tu dis quelques mots

tendres

insensés

Mon sexe

sur ta peau

sur tes genoux

sur tes seins

sur ta bouche

Et quelques mouvements légers de la langue

Et mon sexe

qui enfle

qui enfle

qui enfle

Mes mains dans tes mains

en croix

Et moi dans l’Ombre

pleinement

entièrement

parmi les chaudes       les humides profondeurs

Et puis tous ces va-et-vient

lents

rapides

avec les muscles de l’Ombre tendus

dans un spasme

autour de mon sexe

gant tendre

Et mes mains qui s’accrochent à tes deux hémisphères

Pulsations folles

Nous deux

enflammés

jusqu’à la fin du monde

jusqu’à la fin du monde

les yeux dans les yeux

une bouche sur l’autre bouche

un sexe dans l’autre sexe

un sexe dans l’autre bouche

une bouche autour d’un sexe

encore une fois

encore une fois

et à chaque fois

jusqu’à la fin du monde

Et nous buvons

le vin noir

dans la même coupe

Et puis nous plongeons

dans l’eau brûlante

au milieu des écumes soyeuses

tes cheveux                ta peau dorée sous le froid d’autrefois

Et la petite fente de l’Ombre

Et mon sexe

qui enfle

qui enfle

qui enfle

Et puis à nouveau tous ces va-et-vient

lents

rapides

avec les muscles de l’Ombre tendus

dans un spasme

autour de mon sexe

Et toi

qui me chevauches

volcan en éruption

Nous deux

diables

ou anges pécheurs

êtres dans un vol

démesuré

infini

gracieux

accordé par le bon Dieu

un Dieu païen

me semble-t-il

mais un Dieu plein de vigueur et de miséricorde

un Dieu né dans les fins fonds

des Andes

des Alpes

des Carpates

un Dieu né

des vagues du Vieil Océan

et de la très verte Mer Noire

Il n’est pas jaloux

de notre bonheur

de nos corps enlacés

Il regarde

nos sécrétions qui se mêlent

Il écoute

le battement fou des cœurs

Il fait un geste

la bénédiction

de nos corps

de nos sexes

de nos esprits

Et nous poursuivons nos spasmes

en son honneur

à sa gloire

Et son contour fluorescent reste sur nous

jusqu’à la fin

de ce monde

de tous les mondes

les réels

les possibles

les imaginaires

Et nous marchons quelquefois

dans les prairies

dans les pampas

main dans la main

dans l’herbe fraîche du matin

qui chatouille nos chevilles

Et le soleil au lever

laisse des traces sur nos corps épris

Et nous sommes tout à coup

nus tels des anges

Adam et Ève avant le péché

Nos cellules plongent

les unes vers les autres

les unes dans les autres

en ébullition

Et tout recommence

Au commencement était le recommencement

Éternelle présence de l’amour

Jusqu`a la fin du monde

Hosannah

Alléluia

Amen

Psaume 2

Imagine-toi…

…qu’après les quelques mots échangés entre nous

une tempête se lève

celle-là même

fascinante

tropicale

l’invraisemblable tempête

irruption dans la tranquillité d’un jour calme

ensoleillé

torride

endormi

Ce sera un non-lieu

les nuages de plomb cacheront le soleil

le vent commencera à briser les branches des arbres

la lumière du jour disparaîtra dans le néant

brouillard et fourrure

la fin du monde

comme il est écrit dans ce livre

délirant

sincère

somptueux

somptueux comme toi

mi amor

my love

mon amour

Toi

la somptueuse

l’infiniment désirable

à toutes les heures du jour et de la nuit

et plus encore dans les moments de passage

quand le soleil éreinté se couche au zénith

Et la tempête a fini

dans une pluie forte et fraîche

comme tes yeux d’or

brumés

mon Dieu

quels yeux

quelle étrange couleur

rêves de neige

Je danserai seul dans la pluie

et puis

dans cette splendide

cette tranquille après-pluie

Je marcherai sur la surface humide des rues ennoblies par la sainte eau de Dieu

notre Père paradoxal

le Dieu des montagnes éloignées

des océans plantureux

le Dieu de la force et de la puissance tellurique

charnelle

séminale

le Dieu de notre mémoire infatigable

le Dieu qui parle à travers le baiser de nos bouches soudées

le Dieu du sperme dont nous avons été engendrés

L’après déluge

finalement

Et moi

je reste le solitaire de la nuit

parmi ces maisons éclairées

ombragées

le chevalier errant

parmi les arbres fatigués

sous la tempête

routine d’une vie mécanisée

…et, imagine-toi

mon amour

avoir choisi ce moment de silence accompli

pour faire ton apparition tumultueuse dans ma mémoire

devant moi

le solitaire de la nuit

après la tempête

Oui

tu es apparue

mon amour

défaite

somptueuse

splendide

issue des profondeurs de ma mémoire

une lumière dans les ténèbres

une surface d’albâtre des abysses de la nuit

miracle incarné

Ta robe blanche

transparente

est tombée à tes pieds

et la lumière est devenue claire

encore plus claire

encore

encore

Mon étoile avait ouvert la voie

Ta main fine

me conduisait avec des mouvementes lents

prévenants

vers ton Ombre déjà luisante

envoûtante

Tous deux

étendus sur les feuilles humides et chaudes

matrice du monde

En toi

jusqu’à la racine

je suis

pour une éternité et encore

my love

jadis     maintenant                 naguère

dans le temps

et le non temps

dans le lieu

et le non-lieu

Explosion

aller – retour

systole – diastole

corsi – ricorsi

va et vient

de tous mes reins

cela vient

j’explose

cascade

Et notre cri

unifié

crucifié

Les deux coulées de laves se mélangent

jusqu’à la dernière goutte

reins souffreteux qui enfantent

Vide je suis comme le cosmos au commencement

fruit pressé

avalé

pendant l’éclipse totale du soleil

Étendus sur les feuilles chaudes et humides

les yeux vers le noir constellé de cet étrange ciel

Nul mouvement sous le bitume du ciel

nul mouvement

vide je suis

vidé

Petit démon

mon ange de l’enfer

diable du septième ciel

tes cheveux sont à nouveau sur mon ventre

et tu descends tu descends tu descends

avec tes lèvres rouges jamais fatiguées

battement de la langue

remous des lèvres

tu m’engloutis

Dieu de lumière

Dieu de ténèbres

j’explose à nouveau

Sommeil de plomb

réveil

je m’entends respirer

je respire

où es-tu

où es-tu

Et ce silence absolu

océanique

Oui

je te salue

Vieil Océan

tout est à ta gloire

pour tes vagues infinies

tes vagues assassines

Dieu né de l’anagramme de l’imaginaire

ou bien de notre mémoire

Hosannah

                                                            Alléluia

                                                            Amen

Ainsi donc passons-nous sous la roue du monde

avec nos vies passagères

l’amour            la chair la mémoire des choses

ex nihilo nihil

                                                            ex nihilo omnia

Psaume 3

Imagine-toi…

…mi amor

my love

mon amour

que je sois le digne héritier

de l’explosif Bakounine

de la force délicate de Mahatma Gandhi

Et je descends vers le fleuve

vers la mer

non

je descends vers les vagues majestueuses du Vieil Océan

celui chanté autrefois

par le sinistre et délicat homme de Montevideo

Oui

mon amour

je descends des dunes mouvantes

vers le sable ardent des plages

Nu je suis

de lauriers couronné

je descends

et entrevois ton Ombre parmi les dunes

et le temps n’existe plus

juste le soleil

sur d’autres méridiens

et moi

furtivement retourné vers d’autres dunes

les dunes de ton corps

dans l’étreinte de la  lumière

Et le temps n’existe plus

juste un triangle obscur

et les mouvement de ton corps

le non temps

les cuisses        les lèvres humides      le fluide du désir

Je boirai le nectar

petit à petit

pour durer une éternité

et encore

Libre chemin pour ma langue agile

mes lèvres parties à la rencontre de tes lèvres

et le sommet

le sommet        petit bout rouge

qui tremble frétille

Tu te retournes

mouvements légers

lèvres enflées de désir

Et puis à nouveau tous ces va-et-vient

lents

rapides

extase charnel

amour

dans ce poème du désespoir

du plaisir

du désir demeuré éternel désir

tel le poème dans la fabuleuse théorie de Mallarmé

Imagine-toi…

…maintenant

oui maintenant

un étrange hiver nordique

tempête de neige

la neige du mois de mars

le vent violent de la mer

et notre marche des pingouins sur le tapis blanc

cassant comme le sable

et notre gaucherie de pingouins

mi amor

my love

mon amour

Tu étais déjà incrustée

dans ma fabuleuse

ma maladive mémoire

Et puis

Tous ces gestes

ces paroles d’emprunts

d’adolescents attardés

sous la tempête

dans un rituel des neiges inventé autrefois

Souviens-toi

Souviens-toi du commencement

Souviens-toi

Au commencement était le recommencement

comme dirait le prince Blanchot

Ensommeillés nous sommes

abattus sur le gravier en feu

sans voix

tels des arbres,

des pierre recouvertes de sable

semblables à ce Dieu muet

après la consécration du monde

Pour combien du temps encore

sans doute des heures

et des heures

et des heures

Et cette eau qui te prend peu a peu

délicieuse capture

je m`élance dans les vagues vertes et salés

près de toi

mes mains sur ton corps refroidi

sur tes seins

sur tes cuisses qui m’enlacent

dans leurs savants mouvements

Et puis à nouveau tous ces va-et-vient

lents

rapides

toujours plus en profondeur

dans ces eaux

cet Océan        placenta du monde

Et tes mains autour de mon cou

Et les vagues jusqu’à nos genoux

frontières entre l’eau et le soleil couchant

entre l’eau et la non eau

le lieu et le non-lieu

avant

maintenant

après

alors que j’écrivais ce poème du désir

mi amor

my love

mon amour

le poème du désir

le poème du plaisir

hic et nunc

et avant

et après

devant le Vieil Océan

dans l’espace de notre mémoire

à nous

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7 răspunsuri la Liviu Antonesei – Psaumes…

  1. Virgil zice:

    Aici m-ati prins , nu stiu o boaba franceza.
    Felicitari pentru BookFest

    Apreciat de 1 persoană

  2. angelicabutnarasu zice:

    Parafrazindu-te, in momentul asta ,,ciudat si straniu”, am inteles esenta, si aproape toate cuvintele, un Inger poetic si frantuzit mi-a tradus pe nerasuflate, eu stiind superficial aceasta limba! Ehei, am derulat citiva metri de senzualitate, le stiu din acei ani, cind erai socant oricum, scrierile tale erau bine asortate cu acele vremuri invaluite in morrison muzici, si ele sunau a spirit de fronda, ce ar fi sa o postez pe Fb?

    Apreciat de 1 persoană

  3. Pe pagina de Fb a Dlui Ilie Gyucsik, care preia postarea; „Liviu Antonesei extrage din cuprinzătoarea antologie a operei sale (apărută recent la la Paralela 45 și lansată ieri la Bookfest București) un lung și frumos poem erotic, scris direct în franceză. Nu cunoscusem textul înainte de apariția lui în antologia anterioară a poetului („Un taur în vitrina de piatră”, Adenium, 2013). Atunci nu m-am oprit la semnificația cuvântului „ombre” din text, considerându-l doar un fel de eufemism pentru denumirea organului sexual. Or, acum, revăzându-mi analiza poemului „L’amoureuse”, de Paul Eluard, mi-am dat seama brusc de posibila contaminare de sensuri dintre cuvântul împrumutat de poetul francez de la Carl Gustav Jung (la care înseamnă „inconștient”, semnificație prea bine cunoscută de un important specialist român în psihologie, care este totodată poetul nostru îndrăgit), și ceea ce crezusem, din grabă sau eroare, că ar fi la Liviu Antonesei, doar o metaforă transparentă, când, de fapt, nu este.”

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  4. dezideriududas zice:

    Felicitări pentru consecvența cretană…., aici in franțuzește, fără breton….

    P.S. In emailul redirecționat și ție pe 25 mai a.c., apare ca destinatar acel lider al unui mare trust media local… Trebuie să știi că una din piesele lui de teatru a fost preluată de d-na Daniela Marin despre care am citit recent la tine. Dobrogea pare a avea fire de coasere serioase in Moldova, nu doar cele rămase de la Ștefan…., căruia sigur nu i-ai fi simpatic cu o asemenea poza de profil, chiar fără breton….Nu cred că-i plăcea concurența….Urmaș, urmaș, dar nici chiar așa….

    Apreciat de 1 persoană

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